Résumé. Hérité de l’empirisme des Lumières et de quelques apports néoclassiques de même facture, le mode de gestion économique et financière est aujourd’hui à bout de souffle. N’ayant toujours pas intégré l’esprit scientifique contemporain, il ne maîtrise ni l’inflation, ni la croissance et encore moins les conséquences écologiques de la productivité. L’heure est venue de le remplacer.
Introduction
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’expansion commerciale et coloniale des métropoles européennes inspirait la conviction que les ressources naturelles sont inépuisables. Aussi les économistes classiques en avaient-ils fait leur axiome de base, sur lequel l’Économie politique repose, depuis bientôt trois siècles. À la fin du siècle dernier, les manuels à l’usage des étudiants postulaient encore, en préambule, que l’économie est la science de ce qui est rare, les ressources naturelles étant « gratuites et illimitées ». Ce dogme n’est plus explicitement formulé, mais il demeure implicitement la base de l’Économie politique centrée sur le « marché ». Le simple fait d’en faire une « science humaine » ̶̶ alors que l’échange économique le plus fondamental se situe entre l’espèce et son environnement naturel ̶ révèle la fantasmagorie à l’œuvre. Produit d’un empirisme dominateur, l’Économie politique énonce explicitement le pouvoir discrétionnaire de l’homme sur son économie et, partant, sur la nature. Cette discipline figure ainsi au nombre des poisons intellectuels d’où allait émerger la « modernité ».
Elle souffre également d’un autre héritage des Lumières encore plus toxique : l’individualisme concurrentiel. Dans la droite ligne du droit naturel individualisé, les économistes classiques affirmaient la prééminence de l’homo economicus sur les institutions. D’où le primat du pouvoir économique sur le pouvoir politique. Il ne peut pas y avoir de démocratie contre le marché. À trois ou quatre exceptions près, les prix Nobel perpétuent cet héritage par de subtiles inepties dont après couronnement il ne reste jamais rien au service de l’économie réelle. La discipline est auto-suffisante, éloignée du quotidien. Les économistes de terrain doivent se contenter de leurs intuitions et de leur pragmatisme. Leurs diplômes ne leur sont d’aucun secours. En particulier, les gestionnaires des banques centrales sont périodiquement amenés à prendre des décisions hétérodoxes que leur formation ne leur a pas enseignées.
1. Un résidu de l’empirisme atavique
Cherchant l’explication de la réalité, les générations de chercheurs inventent des outils pour agir sur elle. Cela débouche sur les grandes découvertes dotant la civilisation d’innovations au profit de la santé, de l’éducation, de la culture, de l’exploration du monde dans toutes ses dimensions. Sur cette base, le siècle des Lumières a promu le concept de « progrès », second exploit de Prométhée dérobant au divin, après le feu, la connaissance. Mais, sauf en mathématiques, le XVIIIe n’a pas dépassé les avancées scientifiques du siècle précédent. L’acquisition des connaissances y demeure handicapée, freinée, voire détournée par l’empirisme et le rationalisme explicatif. Les deux vont de pair. En amont, l’évidence spontanément érigée en vérité de ce qu’on voit, entend, touche et ressent. En aval, la description du phénomène supposée rendre compte de sa réalité. Entre les deux l’intelligence, c’est-à-dire l’interprétation heuristique du phénomène observé.
De nos jours, une certaine confusion entache la définition de l’empirisme. Pour certains épistémologues, ce terme désigne tout à la fois la vérité d’évidence et la vérification empirique des théories. Nous considérerons ici, strictement, l’empirisme tel que le définit David Hume (1711-1776) :
« J’oserai affirmer en tant que proposition générale n’admettant aucune exception, que la connaissance de cette relation [de cause à effet] n’est en aucun cas atteinte par des raisonnements a priori, mais découle entièrement de l’expérience, lorsque nous constatons que des objets particuliers sont constamment reliés les uns aux autres. »[i]
La règle d’évidence avait été établie par Descartes (1596-1650) : « ne recevoir aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle »[ii]. L’empirisme du XVIIIe siècle n’y a pas dérogé. D’Alembert ne doute pas que dans un contact avec un objet extérieur nos sensations soient l’effet direct des propriétés de l’objet. Son siècle ne sait pas encore que les couleurs sont fabriquées par notre cerveau à partir de leur signature spectrographique[iii] :
« Jugeons donc sans balancer, que nos sensations ont en effet hors de nous la cause que nous leur supposons, puisque l’effet qui peut résulter de l’existence réelle de cette cause ne saurait différer en aucune manière de celui que nous éprouvons (…) »[iv]
Diderot (1713-1784) définit ainsi l’usage qui selon lui doit être fait de l’évidence :
« Nous avons trois moyens principaux : l’observation de la nature, la réflexion et l’expérience. L’observation recueille les faits ; la réflexion les combine ; L’expérience vérifie le résultat de la combinaison. »[v]
Il ne dit pas explicitement ce qu’il advient au cas où l’expérience est en désaccord avec les phases précédentes ; mais c’est clairement la manière « d’interroger la nature » qui est en cause, les « faits » étant incontestables[vi]. Or l’observation ne se contente pas de recueillir les faits. Elle les transforme en données interprétables par notre logos.
La nature nous envoie des signaux qui avant de parvenir à notre entendement passent par le filtre de nos sens. Quant à leur interprétation, elle passe par nos présupposés imaginaires qui sont entièrement subjectifs. Cette médiatisation de nos sens et de notre imagination est connue depuis longtemps ; et pourtant, à notre époque, on entend encore dire que « les faits parlent d’eux-mêmes ». Ce qui n’est d’ailleurs pas systématiquement faux. Il peut en effet arriver que les faits soient correctement interprétés, mais nous n’en avons pas la certitude. Les seules preuves que nous pouvons acquérir nous sont apportées par les résultats des actes que nous inspire l’interprétation.
D’une réalité complexe où s’entremêlent et interagissent de nombreux phénomènes, nous avons besoin d’extraire des chaînes causales strictement afférentes à la question qui nous préoccupe. Une loi causale « explique » une composante phénoménale, isolée par la pensée d’une réalité complexe insécable. La hiérarchie de ces composantes arbitraires ne nous est pas communiquée par la nature. Elle répond aux besoins de nos fins.
« L’effet devient une fin à laquelle aspire la cause et la téléologie remplace la causalité dans l’explication de la nature »[vii]
Le principe « même cause mêmes effets », qui devrait nous permettre des prédictions exactes, n’existe qu’en laboratoire où les conditions de l’expérience sont artificiellement réunies par les opérateurs. Dans la nature, la même cause ne se reproduit jamais[viii].
L’incessante remise en question des explications successivement démenties incite à renoncer à connaître les causes des phénomènes. C’est ce que pense Auguste Comte (1798-1857) qui, « reconnaissant l’impossibilité d’obtenir des notions absolues, renonce à chercher l’origine et la destination de l’univers et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s’attacher uniquement à découvrir, par l’usage bien combiné du raisonnement et de l’information, leurs lois effectives, c’est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude »[ix]. Déjà le mathématicien, physicien et astronome Maupertuis (1698-1759) avait lui aussi jeté l’éponge : « J’abandonne ici tout ce qu’on pourrait déterminer a priori sur la figure de la Terre. Je me réduis à considérer la question de fait. »[x]
Mais « il faut résister à un premier examen. Si l’on manque à cette prudence, on risque de prendre une dégénérescence pour une essence »[xi]. Les « lois effectives » ne sont nullement des révélations de la nature. Elles sont les produits de notre logos. Il n’y aura jamais de théorie constitutive d’une vérité.
« La vérité nous tient. Quant à savoir le vrai du vrai, nous pouvons toujours courir »[xii].
On ne peut pas se passer de la théorisation. C’est le seul moyen d’échapper à l’empirisme. Nous ne connaîtrons jamais une causalité intrinsèque du « monde tel qu’il est », mais nous pouvons forger des outils pour agir sur lui. Pour cela, nous avons besoin d’en concevoir une représentation logique, c’est-à-dire dans notre logique, celle qui privilégie nos préoccupations, pas celles de la nature extérieure. Et c’est pourquoi les modèles ainsi construits ne s’accordent pas à la réalité selon le déterminisme, mais selon le probabilisme.
« On ne doit user de la « cause » et de « l’effet » que comme de purs concepts, c’est-à-dire de fictions conventionnelles destinées à désigner et à rendre compte des phénomènes mais non pas à les expliquer. »[xiii]
Selon Rudolf Carnap (1891-1970), les différentes sciences ne sont pas disjointes mais n’en constituent qu’une seule, parce qu’il n’y aurait « qu’un domaine d’objets »[xiv]. Or, les sciences ne se définissant pas selon l’objet observé mais selon nos préoccupations, le domaine de leurs « objets » est infini. Ce qui unifie les sciences, c’est qu’il n’y a qu’un domaine de concepts. Il est d’ailleurs connu, ce sont les mathématiques, productrices des proto-concepts sans lesquels nous ne pourrions pas théoriser.
La théorisation est un processus qui nous est indispensable, à la condition de ne jamais en tirer argument de vérité. Cela implique une méthode récurrente d’allers-retours entre l’axiomatique et l’expérience. La prime observation qui pour l’empirisme est érigée en « fait » n’est qu’une hypothèse ou un ensemble d’hypothèses. Sur ces hypothèses, on construit des théorèmes. Les théorèmes conduisent à des prédictions. Les prédictions sont alors confrontées à la mesure physique ou statistique du phénomène observé. Si la mesure ne confirme pas les prédictions théoriques, on revient au point de départ et on change les hypothèses. Telle est l’unique méthode authentiquement scientifique, pour l’heure ignorée de l’Économie politique.
1.1 l’empirisme humien
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’expansion commerciale et coloniale des métropoles européennes inspirait la conviction que les ressources naturelles sont inépuisables. Aussi les économistes classiques en avaient-ils fait leur axiome de base, dans l’ignorance de l’échange le plus fondamental entre l’espèce et l’écosystème. Adam Smith (1723-1790) envisage une croissance sans limite, fonction de la démographie et de la « taille du marché », grâce à la productivité résultant de la division du travail et de l’accumulation du capital[xv]. David Ricardo (1772-1823) se préoccupe de la répartition des richesses entre les classes sociales et ignore leur origine naturelle[xvi].
l’Économie politique a longtemps postulé le pouvoir absolu des hommes sur leur économie et sur la nature, niant explicitement les limites imposées par cette dernière. À la fin du siècle dernier, les manuels à l’usage des étudiants stipulaient encore, en préambule, que la « science économique ne s’intéresse qu’à ce qui est rare », les ressources naturelles étant « gratuites et illimitées ». Autrement dit, ne relèveraient de l’économie que les activités humaines au sein de la polis. D’où l’appellation d’« Économie politique ». D’où également la majuscule qui lui est ici appliquée, afin d’en faire le nom propre d’une discipline déconnectée du réel, tandis que la minuscule la banalise comme s’il s’agissait d’une réalité. Le postulat du pouvoir sans partage des hommes sur leur économie et sur la nature n’est plus explicitement formulé ; mais il demeure implicitement la base axiomatique de l’Économie politique centrée sur le marché.
Dans la droite ligne du droit naturel individualiste, les économistes classiques affirment la prééminence de l’homo economicus sur les institutions. D’où le primat du pouvoir économique sur le pouvoir politique. Il ne peut pas y avoir de démocratie contre le marché, lequel est le lieu démocratique par excellence puisque tout le monde s’y pourvoit dans les deux sens. Les vendeurs y sont aussi acheteurs, et ces derniers doivent y vendre quelque chose pour pouvoir y acquérir des services ou des biens. Peut-on imaginer forum plus rassembleur que le marché ?
Pour Adam Smith, « il est évident » que les intervenants individuels sont plus à même de juger du bienfondé d’une décision économique, que n’importe quel législateur[xvii]. Ludwig von Mises (1881-1973) et Friedrich von Hayek (1899-1992) lui font écho, pour qui les décisions des entreprises sont déterminées par les choix des consommateurs quotidiennement exprimés dans le cadre du marché[xviii]. De nos jours, il est fréquent d’entendre dire que les choix politiques ne sauraient transgresser les « lois de l’économie », c’est-à-dire du marché.
Celles-ci consistent en trois théorèmes formulés par David Hume, qui s’imposent sans appel à toute décision politique : les prix sont proportionnels à la quantité de monnaie en circulation, toute augmentation de l’offre de monnaie ne fait qu’accroître le prix du travail, le crédit public handicape l’avenir[xix]. Mais dans le monde réel la nature impose la chute moyenne de productivité à l’origine de la hausse structurelle des prix, le prix du travail est une demande de monnaie et non la conséquence d’une offre, et les banques centrales déversent le « crédit public » sur les marchés financiers pour les éloigner du krach.
1.2 L’empirisme marxien
À l’empirisme humien a succédé, au XIXe siècle, l’empirisme marxien. Ils se trouvent tous deux à la base de l’Économie politique actuelle. Tous ses courants se réduisent en effet à l’un ou l’autre de ces deux souches intellectuelles, réunies par la conviction que l’épargne est source de l’investissement. Keynes (1883-1946) et le post-keynésianisme constituent un courant séparé, du fait qu’ils ont renversé l’ordre de détermination entre épargne et investissement[xx]. C’est une rupture, un premier pas vers une science économique, alors que les empirismes humien et marxien se cantonnent dans la métaphysique originelle.
Il est cependant juste de reconnaître à Marx un indéniable apport scientifique, avec l’introduction d’un temps et d’une durée spécifiquement économiques, quand l’autre souche en est restée au temps calendaire et à la succession d’instants présents[xxi]. Cette avancée mise à part, qui n’a d’ailleurs été exploitée ni par les marxistes, ni par les keynésiens et encore moins par les néoclassiques, Marx et Engels (1820-1895) commettent le péché d’économistes qui consiste à faire appel à d’autres disciplines pour pallier l’indigence de la leur. En l’occurrence, la très sociologique « lutte des classes » :
« Dans les premières époques historiques, nous constatons presque partout une organisation complète de la société en classes distinctes, une échelle graduée de conditions sociales (…) Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l’époque de la bourgeoisie, est d’avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat. »[xxii]
En réalité, les convulsions sociales ne sont nullement permanentes. Le plus souvent, c’est bien au contraire le compromis social qui prévaut. Les conflits d’intérêts n’interviennent qu’en périodes de crises. Tel est le cas de l’époque contemporaine de Marx et Engels, lesquels n’ont cependant pas remarqué, comme à peu près tous les économistes et historiens, le passage douloureux de la monnaie-travail à la monnaie politique qui caractérise leur siècle[xxiii]. Les auteurs du Manifeste communiste étaient en outre convaincus que le droit a toujours été celui de la classe dominante. Ce qui n’est pas entièrement faux, mais Ils en ont dangereusement conclu qu’il est dictatorial, et que seule une dernière dictature peut y mettre un terme, celle du « prolétariat ». Ce concept impose ici une parenthèse.
Marx et Engels étaient parfaitement conscients de la mutation qu’ils imposaient à cette catégorie[xxiv]. Ils parlent d’ailleurs de « prolétariat moderne ». Mais ils s’infligeaient une contradiction insoluble, en qualifiant de « travailleurs libres » les membres de ce « prolétariat » par opposition aux esclaves. Ils y voyaient la différence d’une « liberté » dont Émile Zola (1840-1902) a montré la vanité. En fait, la différence se situait ailleurs, dans le mode d’investissement des exploitants du travail. Pour le propriétaire privé individuel ou collectif qui en faisait l’acquisition sur un marché, l’esclave était un capital dont il devait prendre soin. Le sort des « prolétaires modernes » était-il plus enviable ? Main-d’œuvre abondante et corvéable jusqu’à la mort, leur « liberté » permettait de les sacrifier sans qu’en souffrît le capital.
Obnubilé par ce spectacle de l’exploitation ouvrière, Marx n’avait pas suffisamment de recul pour analyser le phénomène de l’accumulation. Aussi a-t-il abandonné les manuscrits des livres 2 et 3 du Capital à l’état de brouillons quatorze ans avant sa mort[xxv]. Ce renoncement venait de sa tentative avortée d’expliquer l’origine de « l’argent de la plus-value ». Il commence par la question, pour répondre qu’elle ne se pose pas, mais sans démonstration[xxvi]. Ce qu’il appelle « plus-value » n’est autre que la rémunération du capital : dividende et intérêt. Or, la rémunération du capital, comme celle du travail, dépend de l’investissement ; et l’accumulation n’est autre que la capitalisation des investissements, laquelle ne peut donc pas croître à partir d’elle-même.
L’expérience empirique inspire le contraire, mais si les épargnants mobilisent tous en même temps leur épargne en vue d’un investissement, ils obligent en fait le système bancaire à absorber une offre additionnelle de monnaie d’une ou plusieurs banques centrales, car leur épargne n’est pas gelée dans un coffre-fort. Sitôt déposée, elle part dans un crédit. L’épargnant est toujours maître de l’idée de l’investissement, mais plus de la source de son financement depuis que la monnaie légale a supplanté les dépôts de métaux précieux.
Bien qu’il ait abandonné très tôt l’écriture des livres 2 et 3 du Capital, Marx n’a jamais renoncé à cette impossible capitalisation des revenus du capital. Le cahier d’équations inachevées dont fait état l’inventaire d’Engels laisse supposer que les quatorze dernières années de sa vie furent hantées par cette énigme non résolue[xxvii]. Il a été trompé par la fausse évidence du remplacement du travail humain, seule source de valeur, par celui des machines. Or cette croyance toujours majoritairement partagée est tout simplement erronée. La technologie déplace le travail sur la chaîne des transformations, mais ne le remplace pas.
D’un côté, comme ses prédécesseurs Smith et Ricardo, Marx attribuait au travail l’origine de la valeur accumulable. Mais d’un autre côté, il croyait que l’accumulation des investissements dans le « travail mort » des machines réduisait la part relative du travail vivant. Il ne pouvait donc pas découvrir qu’en fait c’est à travers la productivité concurrentielle et l’exutoire de l’expansion que le capital s’enrichit. D’où sa vaine tentative d’identifier la plus-value à la rémunération du capital (dividendes et intérêts) et son obstination à vouloir l’additionner au capital cumulé.
Cependant, une recherche qui aboutit à une impasse n’est jamais inutile puisqu’elle ferme une voie dans laquelle les suivants n’iront pas perdre leur temps. En l’occurrence, Marx a involontairement démontré qu’au niveau d’ensemble il est techniquement impossible d’accumuler les rémunérations du capital et du travail, c’est-à-dire d’accroître globalement le capital à partir de l’épargne. Mais les économistes ne se sont jamais intéressés sérieusement à ses travaux. Les marxistes en ont figé un corpus dogmatique, et la branche humienne, ainsi que le courant keynésien ignorent complètement la catégorie marxienne de temps économique.
Le problème de l’accumulation capitaliste n’étant pas résolu, les héritiers de Marx ont donc été conduits à interpréter sa pensée dans le sens qui leur convenait. Le premier d’entre eux, Friedrich Engels, s’est considéré comme investi de la mission d’éditer les brouillons à la publication desquels Marx avait renoncé. Bien qu’il n’en ait pas reçu délégation testamentaire, il s’est attelé dix ans à cette tâche. Dans les préfaces aux livres 2 et 3, il attribue leur inachèvement à la maladie et à la mort, alors qu’au lendemain du décès de Marx il révélait, dans sa correspondance, que ces manuscrits avaient été abandonnés à l’état de brouillons en 1869, c’est-à-dire quatorze ans plus tôt[xxviii].
Engels a tenté de masquer l’échec de son ami, sous l’apparence de l’achèvement de sa pensée. Ce faisant, il a transmis à sa postérité la charge de la solution du problème. Après publication des livres 2 et 3 qu’il avait mis en forme, ses successeurs, du fait de l’irrésolution du mécanisme de l’accumulation, se sont partagés en trois lectures.
La première fut celle du Parti ouvrier social-démocrate allemand, héritier de la deuxième Internationale. De l’absence de solution nouvelle à l’accumulation, les théoriciens sociaux-démocrates conclurent implicitement que Marx s’était rallié à la thèse humienne, et qu’on pouvait donc envisager la possibilité de faire du socialisme à l’intérieur d’un capitalisme éternel. Ils rejetèrent de ce fait la révolution et la dictature du prolétariat.
Rosa Luxemburg (1871-1919), directrice de l’école des cadres de ce parti, avait de son côté entamé une aventure intellectuelle qui l’avait conduite à découvrir l’échec de Marx[xxix]. Ayant entrepris la rédaction d’un précis d’économie marxiste à l’usage de ses stagiaires, elle était tombée sur l’impasse à l’origine de l’inachèvement du Capital. Mais contrairement aux autres marxistes, elle s’y arrêta. Commencé en 1908, son projet aboutit finalement, cinq ans plus tard, à la publication de son œuvre maîtresse, L’accumulation du Capital, dans laquelle elle écrit sans ambages que Marx n’a pas expliqué la « reproduction élargie du capital » qu’elle attribue, quant à elle, à l’expansion du capitalisme dans les espaces planétaire et sociologique[xxx]. Contradictoirement, elle ne répudiait pas la « révolution prolétarienne », aggravant ainsi son cas aux yeux des leaders de son parti qui lui reprochaient déjà son hypothèse de la fin programmée du capitalisme.
La social-démocratie et Rosa Luxemburg se trouvèrent confrontés à une troisième lecture du Capital : celle de Lénine (1870-1924). Pour l’homme de la Léna[xxxi], comme pour les socio-démocrates, la question de « l’argent de la plus-value » ne se pose pas. Quant à l’impérialisme, il l’explique par l’avidité des capitalistes cherchant dans les conquêtes extérieures un profit en plus de celui qu’ils tirent déjà, à domicile, de l’exploitation de leur classe ouvrière[xxxii].
Rosa Luxemburg entre en conflit avec Lénine, qu’elle qualifie de « marxiste à la sauce caviar ». En 1925, le léniniste Nicolas Boukharine accuse Rosa Luxemburg d’avoir remplacé l’extraction de la plus-value par sa réalisation marchande, et la révolution prolétarienne par l’extinction programmée du capitalisme[xxxiii]. Il fallait justifier, d’une part, le coup d’État de 1917 et, d’autre part, la répression de toute opposition qui vingt ans plus tard devait notamment conduire Boukharine devant un peloton d’exécution.
1.3 L’empirisme néoclassique
Les théorèmes humiens sont toujours en vigueur dans l’enseignement et la conduite des politiques monétaires, notamment la « lutte contre l’inflation ». l’Économie politique ne s’est à ce jour enrichie que de deux postulats tout aussi empiristes et erronés que la matrice humienne. L’un a été formulé au XIXe siècle par Léon Walras (1834-1910), fondateur de la branche néoclassique. Il suppose un équilibre général sur les marchés entre l’offre et la demande de toutes les marchandises offertes, sous la condition d’une « libre concurrence »[xxxiv]. Or la libre concurrence n’est pas un état stable, mais une transition vers le couronnement du vainqueur. Sa limite est l’entente ou le monopole ; la preuve en est apportée par les réglementations qui encadrent ladite concurrence, faute desquelles elle s’éteint.
Selon les économistes qui ont fondé et perpétuent l’Économie politique, les prix résultent instantanément de la confrontation entre l’offre et la demande. Ces théoriciens révèlent ainsi ne connaître, de l’économie, que les marchés financiers, les salles des ventes et quelques criées. En toute naïveté, Walras n’en fait pas mystère :
« Une fois l’équilibre établi en principe, l’échange peut s’effectuer tout de suite. La production exige un certain délai. Nous résoudrons cette seconde difficulté en faisant ici purement et simplement abstraction de ce délai. »[xxxv]
La deuxième loi ajoutée à l’axiomatique humienne date de 1995. Son auteur Robert E. Lucas Jr., pur produit de l’école de Chicago, fut cette année-là couronné par le jury du prix Nobel pour avoir corrigé une faiblesse de la théorie humienne de l’inflation. Contrairement à ses successeurs, Hume avait compris que l’ajustement entre l’offre et la demande par les prix ne pouvait pas être instantané dans l’économie réelle. Aussi avait-il énoncé que ce processus s’effectuait « graduellement, dans le temps ». Or ce décalage laisse intervenir une autre variable qui détruit la théorie : la variation des stocks. Quand la demande augmente, les stocks se dégonflent. Quand elle diminue, ils se gonflent. Quand ils sont stabilisés, par l’augmentation ou la diminution de la production, il n’est plus besoin d’un ajustement par les prix.
Lucas a corrigé ce « défaut », jusque-là ignoré de l’Économie politique faute de solution, en supprimant, comme Walras, le « délai ». Et comme ce n’est pas possible sur les marchés autres que financiers, il a inventé que le processus instantané s’effectue au sein de la conscience des protagonistes, qui tels l’animiste faisant apparaître des phénomènes engendrés par la puissance de son esprit anticipent simultanément leurs revenus, leurs dépenses et les prix. Et pour les cas où cela ne marche pas, Lucas a une explication : si les anticipations des « agents » ne se réalisent pas, c’est parce qu’ils ont été au départ « mal informés ». Autrement dit, si les économistes étaient parfaitement informés, ils pourraient nous prédire l’avenir. Depuis lors fleurissent, dans nos belles universités, d’innombrables spéculations aussi prétentieuses qu’inutiles, sur ce qu’il advient des anticipations des protagonistes du marché, en régimes d’information parfaite, imparfaite, asymétrique, voire biaisée.
Voilà donc résumé l’état actuel de l’Économie politique : l’empirisme d’un moraliste, abondé des excursions métaphysiques d’autres « économistes » qui n’ont jamais vécu ce sur quoi ils ont théorisé. C’est ce brouet, baptisé « lois de l’économie de marché », que les décideurs opposent régulièrement aux revendications sociales et démocratiques.
Cependant, les fanatiques de l’école de Chicago mis à part, les économistes sont pour la plupart gênés par le déni de démocratie au nom de « l’économie de marché ». Ils s’efforcent d’atténuer la contradiction, mais en faisant appel à des considérations sociologiques, voire morales, hors le champ de l’économie. La version marxiste, notamment, a tenté d’élaborer un « socialisme de marché » au nom d’un moralisme social. Mais de la part des économistes patentés, il n’existe aucune réfutation de la « main invisible » sur la base de considérations strictement économiques. En bien ou en mal, le marché demeure le bout de leur voyage heuristique. Et ce en raison, d’une part, du découplage de l’échange économique le plus fondamental entre l’espèce et son environnement naturel dont le marché n’est qu’une médiation, et, d’autre part, de l’obstination à réduire la formation des prix au fonctionnement des salles des ventes et des marchés financiers. Tant que durera cet aveuglement, la science économique n’adviendra pas.
1.4 Une improbable « science normative »
L’évidente non-scientificité de l’Économie politique conduit à conclure que le phénomène économique échappe à l’ascèse scientifique, offrant ainsi une alternative apaisante à une inconfortable énigme :
« En conclusion, actons que la « science économique » n’existe pas et n’existera jamais, et que l’économique, pour reprendre un terme légitimé par Paul Samuelson, qui propose un discours sur l’économie et qui étudie les comportements économiques, est et restera une sous-branche de la sociologie, avec ni plus ni moins de scientificité et de capacité prédictive qu’elle. »[xxxvi]
Pour échapper à cette conclusion rédhibitoire, les économistes classent les disciplines scientifiques en « sciences dures » ou « exactes », d’un côté, et « sciences molles » d’un autre. Catégories purement « psychologiques et subjectives »[xxxvii] permettant de continuer d’appeler « science » une pure et simple métaphysique. Les économistes répètent alors la fable du renard et des raisins : ne pouvant pas les atteindre, renard décrète qu’ils sont trop verts. Impuissants parce que demeurés prisonniers d’une axiomatique du XVIIIe siècle, ils déclarent leur discipline inaccessible à l’ascèse scientifique, tout en la qualifiant de « science ». Voilà bien un exemple flagrant d’obscurantisme.
Alors que l’économie constitue un terrain privilégié de travaux pratiques en épistémologie, la sphère universitaire admet sans contredit une « science économique » qui ne serait pas tenue « de formuler le sens du fait économique » :
« Dans le présent, nous avons pu constater que la connaissance économique affrontait en somme deux catégories de difficultés contradictoires et complémentaires ; la mise en forme abstraite, poussée si possible jusqu’à l’axiomatisation, qui permet la construction des modèles de phénomènes ; l’intégration du fait économique dans un contexte toujours plus complexe qui rapproche l’économie politique des autres sciences de l’homme et exige une élucidation non équivoque des rapports entre les moyens et les fins. Est-ce à dire que la spécificité même de l’objet économique tend à disparaitre, pour laisser place à un vague objet commun de toutes les sciences humaines ? Nullement. Il n’appartient pas à la science économique de formuler le sens du fait économique, pas plus qu’il n’appartient aux sciences de la Nature de dégager le sens humain du fait physique. »[xxxviii]
Voilà comment, en un discours digne du Trissotin de Molière, l’université reconnaît une Économie politique normative postulant le pouvoir discrétionnaire des hommes sur les moyens et les fins, et néanmoins qualifiée de science. 0r la « science normative » est un oxymoron. La norme relève de la création, c’est-à-dire de l’art, non de la science. Les normes sont des objets idéaux grâce auxquels « nous ne pensons pas ce qui est, mais ce qui doit être »[xxxix]. « Puisque l’être et le devoir être sont deux modes de natures différentes, ce qui existe ne peut pas être en même temps ce qui est obligatoire, et ce qui est obligatoire ne peut pas être en même temps ce qui existe »[xl].
Le péché originel de l’Économie politique est la croyance en des ressources naturelles gratuites et illimitées qu’elle n’a toujours pas explicitement récusée. Elle généralise l’empirisme des marchés financiers, où les transactions semblent détachées de toute contingence matérielle. En réalité, il n’y est question que d’énergie, de matières premières, de transports, de constructions, de récoltes, d’armements. L’échange économique le plus fondamental de la vie est celui de l’espèce avec son environnement, et c’est vrai de toutes les espèces y compris l’humaine. Or tout phénomène naturel est justiciable d’une approche scientifique ; et l’économie est avant tout un phénomène naturel. Le postulat écologique de la finitude des ressources en constitue l’axiome de base[xli].
2. Misère du prix Nobel
On se souvient de la sortie de Margaret Thatcher : il n’existe pas de société, seulement des individus en concurrence entre eux. La négation du concept de société, donc de la civilisation, ne pouvait que libérer toutes les pulsions latentes associées aux désirs infantiles de domination et d’appropriation, normalement refoulés par l’éducation mais toujours présents dans l’inconscient. La justification de l’individualisme concurrentiel contre la société constitue la trame des publications couronnées par le jury du prix Nobel d’économie depuis son origine.
Paul Samuelson, lauréat 1970, réduit la formation des prix aux comportements individuels qu’il prétend mathématiser. Hicks, Kenneth et Arrow (1972) rapportent le « prix d’équilibre » à la technique des enchères entre les protagonistes du marché. Pour Hayek (1974), une société libre est une société où les individus sont soumis « aux forces impersonnelles du marché ». Pour Klein (1980), les lois économiques reposent sur certains principes de comportement individuel, et si l’individu décide d’en changer par rapport à la moyenne observée, ces lois peuvent en être bouleversées. Debreu (1983) invente une sorte de jeu de Monopoly dans lequel chaque joueur dispose d’un « plan d’action complet fait maintenant pour l’avenir tout entier ». Il prétend ainsi expliquer l’épargne, l’investissement, l’intérêt, jusqu’au commerce international. Modigliani (1985) est l’auteur d’une théorie dite du « cycle de vie » qui prétend décrire le comportement standard des épargnants au cours de leur existence. Pour Buchanan jr. (1986) « lorsque les intérêts individuels sont supposés identiques, l’essentiel de la théorie économique s’évanouit. Si tous les hommes avaient les mêmes intérêts et étaient égaux en dotation, naturelle ou artificielle, il n’y aurait pas d’organisation de l’activité économique à expliquer. Chaque homme serait un Crusoé ». Becker (1992) cherche l’inspiration économicienne dans les comportements matrimoniaux et familiaux, et la criminologie. Lucas (1995), pur produit de l’école de Chicago, conscient que la hausse des prix par l’offre et la demande nécessite un processus instantané, le situe au sein des consciences individuelles anticipant simultanément leurs revenus, leurs dépenses et les prix. Et si leurs anticipations ne sont finalement pas réalisées, c’est parce qu’ils ont été au départ « mal informés ». McFadden (2000) définit « l’homme rationnel » à partir des « anticipations rationnelles » de Lucas. C’est l’homme qui va maximiser le profit de tous les actes de son existence, y compris son mariage. Pour Kydland et Prescott (2004), dans le sillage de Lucas, les événements sont prévisibles à condition que les agents économiques ne varient pas dans leurs anticipations. Pour cela, les pouvoirs politiques doivent maintenir l’axe d’une politique économique, même si elle est impopulaire. Hurwicz, Maskin et Myerson (2007) expliquent l’économie par un mix de théorie des jeux et de comportementalisme sur un marché en régime d’information asymétrique. Mathématiques à l’appui, Ostrom (2009) fait appel à la théorie des jeux, ainsi qu’aux « anticipations rationnelles » sous information soit complète, soit imparfaite, et aux préférences et mécanismes de choix, pour finalement aboutir à une liste de huit principes moraux suffisamment vagues pour satisfaire tout le monde. Pour Sargent (2011), les « agents » estiment l’orientation de la politique gouvernementale. Ils y conforment leurs décisions économiques, et ce sont ces décisions qui « façonnent les situations » que le gouvernement aura à gérer. Autrement dit, les « agents » sont tout-puissants sur l’économie et les décisions politiques. Ils ont même le pouvoir d’écrire le futur par la seule force de leur mental. Thaler (2017) fait lui aussi dans l’économie comportementale. À titre de métaphore, il narre un dîner où les convives sont déchirés entre le désir de consommer un plat de noix de cajou ou de le jeter dans les toilettes. Encore une théorie des enchères et des comportements individuels pour Milgrom et Wilson (2020).
Mais « l’économie de marché » est un échec. Partout l’État soit reprend la main, soit la perd et se décompose comme actuellement celui de la France. Cette défaite et le déni de la défaite se trouvent à l’origine d’une offensive totalitaire. Ainsi peut-on considérer l’Économie politique comme l’un de ses instruments, et le jury du prix Nobel comme sa phalange.
3. Éléments d’une science non normative
Les conditions d’une authentique science économique font l’objet des précédents articles publiés sur ce blog. La première consiste en la reconnaissance de l’échange économique le plus fondamental entre l’espèce et son environnement naturel. Elle conduit à réviser la course aux gains de productivité quotidiennement imposée par le management, bien que concurrentielle, entraînant un désendettement concurrentiel et la régulation par les faillites. La seconde convie les économistes à se rappeler qu’à son origine la monnaie représentait du travail. L’oubli de ce principe conduit les banques centrales à financer l’indexation sur les prix du crédit à la consommation ainsi que la spéculation sur les marchés financiers, alimentant ainsi l’inflation qu’elles prétendent combattre. En ne finançant que l’investissement dans l’économie réelle, elles contraindront les banques et les marchés financiers à se contenter de l’épargne disponible pour toute autre forme de crédit. Ainsi l’inflation sera-t-elle jugulée sans entraver l’activité. Enfin, Les outils de la mesure économique doivent être réformés.
Conclusion
Ignorant les contraintes de l’échange entre l’espèce et la nature, l’actuelle discipline économicienne encourage la course aux gains de productivité qui appauvrit le potentiel des ressources naturelles, les renouvelables comme les non-renouvelables. Ignorant le rapport de la monnaie au travail, elle légitime le stop and go de la gestion financière qui épuise les ressources humaines. Remplacer l’Économie politique par une authentique science économique est devenu une urgence. Cela tient à peu de choses et ne nécessite pas une acrobatie mathématique semblable à celle par laquelle la discipline tente de se donner une apparence de scientificité. Il suffit de révoquer son axiome de base et de réconcilier l’économie humaine avec la nature.
Romain Kroës, octobre 2024
[i] David Hume, An Enquiry Concerning Human Understanding, Merkaba Press, 2017, consulté sur Scribd, https://fr.scribd.com/
[ii] René Descartes, Discours de la méthode, Classiques Garnier, 2010.
[iii] Théorie formulée par Thomas Young au début du XIXe et vérifiée expérimentalement au milieu du XXe.
[iv] Jean le Rond d’Alembert, Discours préliminaire à l’Encyclopédie, Édition électronique Les Échos du Maquis, 2011.
[v] Denis Diderot, Œuvres philosophiques, Classiques Garnier, 1990, p. 189.
[vi] Idem, p.222.
[vii] Bertrand Russel (1872-1970), Our knowledge of External World, as a field of scientific method in philosophy, Lecture VIII/IV, Projet Gutenberg:
http://www.gutenberg.org/files/37090/37090-h/37090-h.htm
[viii] Idem, Lecture VIII/I.
[ix] Auguste Comte, Système de philosophie positive, Archives positivistes, 1942, p. 122.
[x] Pierre Louis Moreau de Maupertuis, Œuvres, chez Jean-Marie Bruyset, 1753, T. II, p. 157-158.
[xi] Gaston Bachelard (1884-1962), Le nouvel esprit scientifique, PUF, 1934, p. 159.
[xii] Pierre Legendre (1930-2023), L’empire de la vérité, Fayard, 1983, p. 21.
[xiii] Friedrich Nietzsche (1844-1900), Par-delà bien et mal, Gallimard, 1971, p. 39.
[xiv] Rudolf Carnap, La construction logique du monde, introduction d’Elisabeth Schwartz, Vrin, 2002, p. 60.
[xv] Adam Smith, La Richesse des Nations, Flammarion, 1991, T.1, chapitres 1, 2, 3.
[xvi] David Ricardo, Des principes de l’Économie politique et de l’impôt, Flammarion 1992, ch. I à VII.
[xvii] Adam Smith, op. cité, T. II, p. 43.
[xviii] Ludwig von Mises, Socialism: An Economic and Sociological Analysis, trans. J. Kahane, Foreword by F.A. Hayek (Indianapolis: Liberty Fund, 1981).
[xix] David Hume, “On Public Credit, On Money, On Interest”, in Essays, 1877, https://davidhume.org/texts/empl2
[xx] John Maynard Keynes, Treatise on Money, Cambridge
University Press, 2nd ed., 1971, vol. 1, p. 173, 175 et 182.
General theory, Cambridge University Press, 1973; p. 64, 84.
[xxi] Romain Kroës, Surchauffe, Libre et Solidaire, 2023, p. 158.
[xxii] Karl Marx, Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, Éditions sociales, 1966.
[xxiii] Romain Kroës, Surchauffe, op. cité, p. 73-80.
[xxiv] Étymologiquement, « prolétaire » désigne la fonction exclusive de procréation.
[xxv] Pour la correspondance établissant ce propos, voir Romain Kroës, Malades de la dette, Libre et Solidaire, 2021, p. 175-176.
[xxvi] Karl Marx, Das Kapital, dritter Band, Dietz, 1964, S. 835-839.
[xxvii] Friedrich Engels, Lettre à Lavrov du 28 janvier 1884, in Lettres sur le Capital, Éditions Sociales, 1964.
[xxviii] Romain Kroës, Malades de la dette, op. cité, p. 175-176.
[xxix] Rosa Luxemburg, L’accumulation du Capital, Maspero, 1967, T. I, p. 131, T. II, p. 135.
[xxx] Idem, t. II, p. 176, 227.
[xxxi] La Lena est un fleuve qui a donné son surnom à Vladimir Ilitch Oulianov.
[xxxii] Lénine, L’impérialisme stade suprême du capitalisme, http://www.marxists.org. Texte original en russe : 1917.
[xxxiii] Nicolas Boukharine, L’impérialisme et l’accumulation du capital, EDI, 1977.
[xxxiv] Léon Walras, Éléments d’Économie Politique Pure, LGDJ, 1952.
[xxxv] Idem, p. 215.
[xxxvi] Marc Halévy, Les mensonges des Lumières, Éditions du Cerf, 2018, p. 285-286.
[xxxvii] Bertrand Russel, op. cité, Lecture III.
[xxxviii] Gilles-Gaston Granger, « Épistémologie économique », in Logique et connaissance scientifique, s/d Jean Piaget, Gallimard La Pléiade, p. 1053.
[xxxix] Benno Erdman, cité par Hans Kelsen dans sa Théorie générale des normes, PUF, 1996, p. 521, Note 66.
[xl] Hans Kelsen, op. cité, p. 74.
[xli] Pour une esquisse d’une science économique, voir R. Kroës, Surchauffe, op. cité, p. 205-212.